La confiance comme fondement des soins psychiatriques
ActualitésComment créer un environnement sécurisant dans une unité psychiatrique sans recourir immédiatement à des mesures contraignantes ? Au service de psychiatrie de l’AZ Sint-Maria Hal, nous sommes convaincus que la confiance, le lien humain et une communication ouverte peuvent faire toute la différence. C’est pourquoi nous misons depuis plusieurs années sur le modèle Safewards, une approche scientifiquement fondée qui contribue à réduire le recours aux mesures de contrainte, telles que l’isolement et la contention.

« Lorsque nous avons lancé Safewards, notre ambition était claire: Nous voulions créer un environnement plus sûr, tant pour les patients que pour les professionnels de la santé, tout en réduisant le recours aux mesures les plus radicales », explique Valérie Demol. « Aujourd’hui, nous constatons que cette approche porte ses fruits. »
Moins de distance, plus de lien
Safewards repose sur une idée simple mais puissante : plus la relation entre le patient et le soignant est solide, moins le risque de conflits et de situations de crise est élevé. C’est pourquoi l’accent est mis sur davantage de transparence, de compréhension mutuelle et de contacts humains.
« Cela demande aux soignants de ne pas se présenter uniquement comme des professionnels, mais aussi comme des êtres humains face à d’autres êtres humains », souligne Valérie Demol. « Ce n’est pas toujours facile, mais cela favorise la confiance et aide à briser certains tabous. »
Des attentes réciproques pour plus de clarté
Cette vision se traduit par différents projets concrets au sein du service. L’un d’eux est celui des attentes réciproques. L’équipe soignante a défini collectivement ses attentes à l’égard des patients. Dans le même temps, les patients, accompagnés de leur thérapeute, ont dressé une liste de leurs attentes vis-à-vis des soignants. Ces accords sont régulièrement réévalués et adaptés.

« De nombreux conflits naissent de malentendus ou d’attentes peu claires », explique-t-elle. « En en parlant ouvertement dès le départ, chacun sait mieux ce qu’il peut attendre de l’autre. » Par ailleurs, les patients ont l’occasion, lors d’une réunion hebdomadaire, de poser des questions, de remettre certains accords en discussion ou de formuler des propositions. Leurs remarques sont intégrées dans le fonctionnement du service.
Parfois, un intérêt commun suffit à engager la conversation
Mettre un visage sur les soignants
Les personnes admises dans une unité psychiatrique traversent souvent une période de grande vulnérabilité. Dans ce contexte, il n’est pas toujours facile de retenir tous les nouveaux visages et les nombreuses informations reçues. C’est pourquoi un panneau présentant les membres du personnel a été mis en place, afin que les patients puissent identifier chaque collaborateur et sa fonction tout au long de leur séjour.

« Cela facilite les échanges et réduit le seuil pour s’adresser à quelqu’un », explique Valérie Demol. « Les patients savent plus facilement à qui s’adresser en fonction de leurs besoins. » Cette approche accessible sera bientôt renforcée par un livret de présentation disponible dans l’espace de vie. Les collaborateurs y partageront quelques informations personnelles, leurs loisirs ou leurs centres d’intérêt.
« Parfois, un intérêt commun suffit à engager la conversation », poursuit Valérie Demol. « Un hobby préféré, une langue ou un pays qui tient à cœur à quelqu’un : ces petits points de contact peuvent aider à créer plus rapidement une relation de confiance. »

Transmettre l’espoir
Le lien ne se construit pas uniquement entre patients et soignants. Les patients peuvent également se soutenir mutuellement. C’est dans cet esprit que le service travaille actuellement à la création d’un mur de carreaux portant des messages de sortie.

« Les patients qui quittent le service peuvent y laisser un message d’encouragement à ceux qui arriveront après eux », explique l’ergothérapeute Griet Deknopper. « Le rétablissement n’est pas toujours un parcours linéaire. Dans ces moments-là, il peut être très précieux de lire que quelqu’un d’autre a vécu une expérience similaire et a retrouvé de nouvelles perspectives. »
Rooming-in : traverser ensemble une période difficile
L’une des initiatives les plus marquantes de ces dernières années est l’introduction du rooming-in au sein du service de psychiatrie. Cette formule permet à un partenaire ou à un proche de passer temporairement la nuit auprès du patient hospitalisé. Pour de nombreuses personnes, une hospitalisation représente un événement bouleversant. La présence d’un proche de confiance peut alors apporter davantage de sérénité et de sécurité.
« La famille et les proches jouent souvent un rôle essentiel dans le processus de rétablissement », explique Valérie Demol. « En les associant davantage aux soins, nous renforçons le sentiment de sécurité et de confiance. »
Cette initiative s’inscrit pleinement dans la philosophie Safewards, qui place le lien humain au centre de l’accompagnement et vise à prévenir autant que possible les situations de crise.
Grâce à notre approche, le nombre de mesures drastiques a diminué de pas moins des deux tiers ces dernières années.
Une approche qui fonctionne
Les résultats de cette approche centrée sur l’humain se reflètent également dans les chiffres du service. Grâce aux différentes initiatives mises en place et à l’application cohérente des principes Safewards, le recours aux mesures les plus contraignantes a pu être réduit jusqu’à deux tiers au cours des dernières années.« C’est une réussite dont nous sommes particulièrement fiers », conclut Valérie Demol. « Cela démontre que l’investissement dans la confiance, la proximité et la collaboration porte ses fruits. Pour les patients, cela signifie une hospitalisation plus chaleureuse et plus sûre. Pour les collaborateurs, un environnement de travail où la qualité des relations humaines occupe une place centrale. »