Prise en charge sur mesure en oncologie : le rôle clé de la pharmacie hospitalière
ActualitésEn oncologie, les soins reposent entièrement sur une approche personnalisée. Chaque indication a ses propres schémas thérapeutiques. La quasi-totalité des dosages sont individualisés. Chaque thérapie résulte d’une conjonction entre savoir médical, expertise technique et normes de sécurité rigoureuses. Dans ce contexte complexe, la pharmacie hospitalière joue un rôle souvent moins visible mais essentiel. La pharmacienne Vera Van Holsbeeck explique jusqu’où va cette responsabilité
Bien plus que la simple délivrance de médicaments
Lorsqu’un médecin décide d’instaurer une thérapie oncologique, un processus intense s’enclenche en coulisses. « Nous faisons en sorte que chaque médicament soit non seulement disponible mais aussi correctement préparé, validé et administré de manière sûre », explique Vera Van Holsbeeck. Ceci vaut tant pour les médicaments oncologiques administrés par voie intraveineuse que pour ceux administrés par voie sous-cutanée, qui sont préparés dans la pharmacie même

Les nouveaux traitements nécessitent en outre une préparation importante. « Nous devons analyser le contenu des traitements et les convertir en un schéma thérapeutique réalisable : dosage, fréquence, mode d’administration, médication complémentaire, etc. Tout est consigné », précise Vera Van Holsbeeck.
Ces schémas constituent la base tant de la prescription que de la préparation. « C’est en quelque sorte un “livre de recettes”, mais entièrement adapté aux thérapies oncologiques et systématiquement réexaminé de manière critique. »
La collaboration comme facteur de réussite
La pharmacie hospitalière ne fait jamais cavalier seul dans le processus de soins. « Nous collaborons en permanence avec les oncologues médicaux, les uro-oncologues, les pneumo-oncologues, les hématologues et l’hôpital de jour », explique Vera Van Holsbeeck. « Une thérapie n’est pas seulement établie sous un angle médical. Elle est également harmonisée, sous un angle pratique, avec la manière dont elle est administrée. »
Cette coordination se déroule en plusieurs étapes : de la demande à la mise en œuvre pratique, en passant par la validation. Le personnel infirmier est également associé à ce processus, de manière à garantir que l’administration soit réalisable et sûre dans la pratique quotidienne. La pharmacie intervient également dans la logistique et la maîtrise des coûts. « De nombreux médicaments oncologiques sont particulièrement coûteux. C’est pourquoi nous suivons les traitements de très près et adaptons les commandes à l’évolution réelle du traitement », explique Mme Van Holsbeeck.

La salle blanche : un univers de normes strictes et de contrôle continu
Une grande partie des préparations oncologiques ont lieu en salle blanche, un ensemble de locaux complexes et strictement contrôlés. Chaque zone a ses propres exigences, entre autres concernant la concentration maximale autorisée de particules et de micro-organismes dans l’air
« Ces zones ne sont pas simplement des concepts théoriques », souligne Vera Van Holsbeeck. « Elles déterminent littéralement dans quelles conditions une préparation peut avoir lieu en toute sécurité. » Les manipulations les plus critiques ont lieu dans une enceinte à flux laminaire de la plus haute classe, où le flux d’air est orienté de manière à éviter au maximum toute contamination.
L’environnement est surveillé en continu pour garantir ces conditions stériles. Ceci se fait entre autres par le biais de contrôles microbiologiques à l’aide de plaques de culture et de mesures de la qualité de l’air. À intervalles réguliers, des boîtes de Pétri sont placées dans les différentes zones pour vérifier l’éventuelle prolifération de germes.

« Ces échantillons font ensuite l’objet d’un suivi. Si les résultats des contrôles se situent dans les limites fixées pour la zone spécifique dans laquelle l’échantillon a été prélevé, nous savons alors que nous avons travaillé correctement. Sinon, nous devons immédiatement identifier la source du problème », explique Mme Van Holsbeeck.
Des mesures actives de la qualité de l’air sont également effectuées : des appareils aspirent l’air afin de déterminer la concentration des particules présentes. Chaque zone a ses limites spécifiques. Nous avons la responsabilité de les respecter et de les suivre strictement. Chaque zone a ses limites spécifiques. Aucune confiance n’est de mise. Il faut mesurer et surveiller. Vera Van Holsbeeck “ 26 Des mesures de protection supplémentaires s’appliquent en outre aux cytostatiques. « Nous travaillons avec des systèmes fermés afin d’éviter la libération d’aérosols. « Cela protège non seulement le produit mais aussi nos collaborateurs », explique Vera Van Holsbeeck.
En oncologie, la précision n’est pas une valeur ajoutée mais bien une nécessité absolue
La préparation de médications oncologiques nécessite une expertise spécialisée. Les nouveaux collaborateurs suivent un parcours de formation approfondi, comprenant tant une formation théorique qu’un accompagnement pratique.
« On commence par apprendre les techniques et les procédures, puis on assiste aux préparations et, enfin, on les réalise soi-même sous supervision », explique Vera Van Holsbeeck. « Un collaborateur ne peut travailler de manière autonome que si tout est correctement exécuté. »
Plusieurs échéances de contrôle sont également prévues au cours de la préparation elle-même. Une vérification photographique et par codes-barres permet de contrôler chaque étape avant la validation d’une préparation. Ce double contrôle est essentiel. En oncologie, il n’y a pas de place pour l’erreur.
Chaque zone a ses limites spécifiques. Aucune confiance n’est de mise. Il faut mesurer et surveiller.
L’impact sur le patient
Derrière chaque traitement se cache un patient ou une patiente, et souvent aussi un parcours complexe et intense. La conscience de cet état de choses est très présente au sein de l’équipe de pharmacie. « Un collaborateur qui prépare une chimiothérapie pour la première fois ressent immédiatement le poids de la responsabilité », explique Vera Van Holsbeeck. « On ne procède pas à la légère avec une médication. Vous faites quelque chose qui a un impact direct sur l’évolution d’une maladie. »
Cela peut aller des traitements curatifs aux thérapies axées sur la prolongation de la vie ou sur le confort. « Cette nuance est importante. Mais dans tous les cas, une chose est sûre : ce que nous faisons doit être correct jusque dans les moindres détails. C’est dans cette combinaison de précision technique et d’implication humaine que réside l’essence même de ce travail. Vous n’êtes peut-être pas au chevet du patient mais vous faites une différence considérable dans son traitement », conclut Vera Van Holsbeeck.